Journées du patrimoine 2016


Larajasse, chapelle de la Providence

Acte I : La terreur (1793)

Place des Platanes. Sur une estrade est installé la guillotine. Des hommes de la garde nationale et un commissaire du peuple arrivent.

Commissaire du peuple (aux spectateurs)
Citoyens, Je suis commissaire du peuple et je viens, accompagné de la garde nationale, pour rétablir l'ordre dans ce canton et ramener les habitants aux principes du patriotisme et à l'amour de la liberté.
Déjà, depuis 1790, nous sommes intervenus à Martin l'Espérance, plusieurs fois, où nous avons dû fermer l'église. Des personnes ont été arrêtées à Aveize, Duerne, La Chapelle, car elles cachaient des prêtres réfractaires qui ne respectent pas la constitution voulue par le peuple. Certains ont été guillotinés.
En ce 2 octobre 1793, nous venons à Larajasse car nous avons de bonnes raisons de penser que vous aidez, vous-aussi, des renégats à la cause de la Révolution. Vous êtes prévenus. Il n'y aura aucune pitié. Je vous encourage à dénoncer les mauvais patriotes et les curés qui se cachent dans vos murs. Nous allons procédé à des fouilles dans vos maisons.

Ils partent dans le village. Dialogue entre quatre habitants.

H1
Cette Terreur portée par Robespierre est infernale. On ne peut même plus aller à la messe sans se cacher.

H2
Depuis que les députés ont voté, le 17 juillet 1790, la constitution civile du clergé, nos pauvres curés sont obligés de se terrer comme des bêtes ou de s'exiler.

H3
Pas tous. Uniquement ceux qui ne veulent pas être payés par l'Etat et nommés par la population. Ils voudraient continuer à être dirigés par le pape.

H4
Le pape Pie VI s'est opposé à cela et il a bien raison. Mais ils en ont pris des centaines, de ces prêtres réfractaires et ils les emmènent en Guyane dans des conditions terribles, de Nantes, de Bordeaux ou de Rochefort sur mer.

H1
Tiens, et bien c'est ce qu'ils ont fait au curé Laurent Bernard, né à St Martin. A 60 ans, tu te rends compte ! Déporté en Guyane. Il va en crever ! Et puis c'est quoi cette mode de changer les noms des communes. Martin l'Espérance, tu parles, pour nousc'est toujours St Martin en Haut.

H2
Ils ont même réduit le nombre de diocèses. Un par département. 83 au lieu de 135. A Montbrison, la population s'était soulevée contre tout ça. Ma cousine, celle qui est mariée au Claude, m'a raconté. Des centaines de soldats sont venus et ils ont bien été obligés de rentrer dans le rang . Y'a eu des centaines de morts.

H3
Ceux qui sont là viennent de Feurs. Y'a une grosse garnison. Dans tout le Forez ça a bardé.

H4
Chez nous, on leur donne du fil à retordre. C'est pas pour rien qu'ils appellent les Monts du Lyonnais la petite Vendée Lyonnaise. Personne nous enlèvera notre religion.

Une femme arrive de la maison Néel avec un curé, en courant et en jetant des regards partout.

Toinette (en passant au milieu de spectateurs)
Vite, vite, faut vite aller vous cacher dans le bois de Pimpénéon avant qu'ils reviennent. On viendra vous prévenir quand ils seront partis.

Le curé
Merci bien Toinette. Qu'est-ce que je ferai sans vous tous contre ces enragés ?

Toinette
Bah, on vous l' doit bien. Vous nous permettez de remplir nos devoirs de chrétiens. Le Bon Dieu nous le rendra bien, va.

Le curé
Mais je vous mets en danger, et ça, ça me rend malade. Mais je ne peux pas le signer ce foutu serment où il est écrit qu'on doit être fidèle à la nation et à la loi et maintenir de tout son pouvoir la constitution. Je ne peux pas. La mission des apôtres ne leur a pas été confiée par le roi ou les magistrats. C'est Jésus qui la leur a donné. Je ne peux pas.

Toinette
Vous bilez pas, mon père, on fait attention. Allez, sauvez-vous vite.

Le curé part en courant par le parc de la Villa Mary

H1 (en regardant vers le village)
Toinette, retourne vite à la maison Néel. Ils sont en train de tout retourner. Quelqu'un a dû leur dire qu'on les cachait là nos anti-constitutionnels.

Toinette pars vite vers la maison.
Le commissaire et la garde nationale reviennent et reprennent la guillotine.

Le commissaire
Vous perdez rien pour attendre. Depuis la destruction des remparts de Montbrison, des hordes de brigands ravagent, soit disant au nom du roi, les campagnes du Forez et des Monts du Lyonnais. Ce sont les Compagnons de Jehu ou les compagnons de la Ganse Blanche. Je suis sûr que vous les connaissez et que vous les aidez. On reviendra. Et la lame descendra sur votre cou de gredin.

H2
Citoyen commissaire, on n'a rien à se reprocher et on ne connaît pas tous ces gens là. Comme Barthélémy de Boisse, le seigneur de la Thenaudière. Vous l'aviez bien arrêté. Mais le juge l'a relaxé, y'avait rien contre lui. Comme nous, un bon citoyen.

Le commissaire
Ah oui. Tu oublies Guillaume de Savaron, mon ami. Celui qui possède le château de Lafay et celui qui est juste à côté, là-bas. Il est aussi seigneur de Chamousset. Vous êtes tous dépendants de lui. Mais on l'a arrêté au moment du siège de Lyon et on va bientôt le fusiller. Dans sa maison à la Croix Rousse, il organisait des messes non réglementaires. Un bon citoyen sans doute aussi ? Il paiera aussi pour un autre jarsaire, Jean Basson, qui était votre procureur et qui a été fusillé pour espionnage dans Lyon par les contre révolutionnaires. Vous ne deviez pas bien l'aimer. Et pourtant il faisait son devoir. Alors attention, beau parleur, je reviendrai.

Ils partent.
 

Acte II : du directoire à l'empire

Récitant (habillé en Arlequin)
Oui, il y a bien deux jarsaires qui ont été fusillé lors du siège de Lyon par les troupes révolutionnaires. Un, Jean Basson, par les royalistes, l'autre Guillaume de Savaron, par les révolutionnaires. Celui-ci a été fusillé le 11 novembre 1793 place Bellecour, devant sa femme et ses enfants descendus de force de leur hôtel particulier qui a été détruit par les révolutionnaires. La maison de la Croix Rousse est restée en possession de la famille De Savaron jusqu'en 1900. La compagnie de chemin de fer l'a achetée pour y construire une gare en 1908. De nos jours, le nom de le rue est la « rue du clos Savaron », comme par hasard... Son fils, Gabriel, s'est réfugié en Suisse déguisé en fermier, aidé par les habitants de Larajasse et il reviendra à Lyon et à Larajasse en 1795. Nous en reparlerons. Le temps passe... et la garde nationale n'est pas revenue. Robespierre a été guillotiné à son tour en juillet 1794. Ceci a mis fin à la période de la Terreur et la répression se fait moins sentir bien que la guerre de Vendée fasse toujours rage.
Nous nous retrouvons en 1796. je vous invite à me suivre car nous allons croiser, devant la cure, deux prêtres en visite à Larajasse au côté de Mr D'Oeuvre, le curé de notre paroisse.

Il emmène les spectateurs devant la cour côté jardin. Lorsqu'ils sont arrivés, les trois curés sortent de la cure.

Linsolas
Monseigneur de Marbeuf vous a nommé ici pour réorganiser cette paroisse en ces temps encore troublés. Nous avons confiance en vous car nous savons que vous êtes contre cette constitution.

D'Oeuvre
Vous pouvez compter sur moi et sur la population, Mr Linsolas.

Linsolas
Ne m'appeler pas ainsi, si on nous entendait. Savez-vous qu'en 1791, je me suis exilé pour ne pas être emprisonné et tué ? Je suis revenu en novembre 1792 sous le pseudonyme de Chaumonet. Alors appelez moi de ce nom. Vous connaissez César Ribier ?

D'Oeuvre
De nom seulement, en tant que secrétaire du conseil des vicaires généraux de Monseigneur Marbeuf.

Ribier
Nous nous sommes connus avec Mr Chaumonet en Angleterre, car, moi aussi, j'ai dû m'exiler. Je suis né à Lyon mais j'ai été élevé à St Chamond par mon oncle. Après le séminaire Saint Irénée, j'ai été nommé curé de Farnay. C'est là que j'ai été arrêté et mis en prison, heureusement pas très longtemps. Je suis revenu d'Angleterre seulement en 1795, car je m'occupais de l'organisation de la « Petite Eglise » constituée de tous ces prêtres en exil et j'ai fait quelques études de médecine.

Récitant
Petite interruption, Mesdames et Messieurs, car, hasard de l'histoire ou effet de la providence, chacun choisira, ce même César Ribier sera nommé curé de Larajasse au début de l'année 1807, à la mort de ce curé D'Oeuvre. Nous le retrouverons donc tout-à-l'heure. Pardon, Messieurs...

Linsolas
Nous revenons de Montbrison, où les bons catholiques ont beaucoup souffert. Nous leur avons apporté un message de soutien. Et nous allons de paroisse en paroisse pour organiser bien sûr le culte clandestin, mais aussi pour que tous les prêtres qui en ont la possibilité créent des écoles pour former notre jeunesse et leur donner la vocation. Nous allons de ce pas jusqu'à St Martin en Haut où Claude Animé prépare la création d'une grande école catholique.

H ou F (qui arrive en courant)
Ne restez pas là et partez sans tarder. Il paraît que quelques habitants de la commune de l'Aubépin, plutôt du côté de la révolution, descendent pour en découdre.

Ils se saluent. Linsolas et Ribier partent par la place Ste Anne et D'Oeuvre rentre dans la cure.

Récitant
Le général Bonaparte, qui s'est distingué en Italie et en Egypte, prend le pouvoir et devient Napoléon en montant sur le trône de l'Empire. En 1801, il institue le concordat qui remet l'épiscopat sous les ordres du pape Pie VII, mais il ne fait pas l'unanimité sur la réorganisation du clergé,et certains ecclésiastiques, essentiellement les royalistes, le refusent. César Ribier, futur curé de Larajasse, est de ceux-là. Après avoir été nommé vicaire de St Nizier à Lyon, il est mis à l'écart par le successeur de Monseigneur de Marbeuf, le cardinal Fesh, qui n'est autre que l'oncle de Napoléon. C'est ainsi qu'il est nommé à Larajasse, loin de tout.
Si vous voulez bien me suivre.

Ils les emmène sur le parking du pavillon de la tour.
 

Acte III : Hasard ou Providence : la rencontre (1820)

Récitant
Vous voyez ici cette maison, dite maison Néel, que les révolutionnaires ont fouillée tout à l'heure. Elle a effectivement servi à cacher de nombreux prêtres réfractaires. Il faut imaginer qu'elle était, à l'époque, plus grande, avec une aile à cet emplacement même. Il y avait aussi un bâtiment en face, contre les dépendances du château de Varax dont nous voyons une petite tour. Ces deux bâtiments ont été détruits en 1997 car ils étaient en mauvais état et cela a permis de faire un petit parking et la rénovation de cette maison qui renferme 4 appartements et que l'on nomme « le pavillon de la tour ».

Arrive, de la route de St Martin, une voiture tirée par un cheval, avec, à son bord, Marie-Pierre Targe et sœur Félicité. Elle s'arrête devant la foule.

M.P. Targe
Veuillez nous excuser, pourriez-vous nous indiquer où se trouve la cure ? Nous voudrions parler à Mr le curé.

H ou F
Mais, ma sœur, notre saint homme, le curé Ribier, n'est point à la cure à c't'heure. Il est dans l'église où il récite les litanies du Sacré Cœur.

M.P.Targe (à sœur Félicité)
Mon amie, vous avez entendu, les litanies du Sacré Cœur ! et nous sommes des religieuses vouées à l'adoration des cœurs de Jésus et de Marie. Je sens que nous ne nous sommes pas perdues dans le brouillard, mais que la Providence nous a menées là où nous trouverons notre salut. Allons voir ce curé Ribier.

Elles descendent et entrent dans l'église. Le cheval part et va se mettre vers la salle Ste Anne.

Récitant
Nous venons de rencontrer sœur Marie-Pierre Targe et sœur Félicité. Allons les retrouver vers la sortie latérale de l'église. Elles vont faire bientôt partie de l'histoire de Larajasse.

Il les emmène place St Anne.
Le curé Ribier sort de l'église avec les deux sœurs.

Ribier
Alors ainsi vous vous êtes perdues dans nos contrées. Mais à cette heure-ci, la nuit tombe et je ne vais pas vous laisser partir pour St Martin la Plaine. Vous passerez la nuit à la maison curiale, il y aura bien à manger pour tous.

Targe
Vous êtes bien bon. Et je vois bien que sœur Félicité est très fatiguée. Il faut dire que notre journée a été très longue.

Félicité
Nous sommes parties très tôt de St Martin la Plaine jusqu'à Montbrison pour rendre visite à Jean Duguet, aux hospices, et aussi pour voir la supérieure du couvent des Ursulines.

Ribier
Je connais Jean Duguet, un saint homme, très dévoué aux malades.

Félicité
Ensuite, on est allé à St Galmier voir Mr Dugas de la Catonnière au château de la Rey. Et notre cocher s'est trompé de route sur le retour.

Ribier
Ce cher Charles Dugas dont le père fabriquait déjà du ruban à St Chamond quand j'y étais chez mon oncle. Mais pourquoi ce long périple ?

Targe
Nous sommes au couvent construit par Dom Norbert Baumann à St Martin la Plaine, à la Sicadière.

Ribier
Lorsque j'étais curé de Farnay, j'allais souvent consulter Don Baumann, père chartreux au prieuré de Ste Croix en Jarez. Il était toujours un réconfort et montrait la voie. Je l'ai revu en Angleterre lui aussi...

Targe
Comme vous le savez, il est mort en 1805 sans avoir terminé les travaux. En 1807, j'ai eu l'autorisation du Père Coudrier et d'Henriette Aymer de la Chevalerie d'y fonder une communauté pour l'adoration des cœurs de Jésus et de Marie et depuis j'en suis la Mère supérieure.

Félicité
Le Père Coudrier et la marquise Aymer de la Chevalerie, la mère d'Henriette, sont les fondateurs de la congrégation des sacrés cœurs de Marie et de Jésus, en 1800.

Targe (en l'interrompant avec agacement)
Mais Monsieur Ribier connaît tout cela, ma sœur !

Ribier
Le père Coudrier m'a même hébergé une nuit à côté de Poitiers lorsque je suis revenu clandestinement d'Angleterre.

Félicité
On a pu continuer les travaux avec l'argent laissé par Dom Baumann, mais c'est un peu petit pour faire l'école et avoir notre espace pour notre vie d'adoration et de prière. Et puis... il y fait un peu froid...

Targe
Soeur Félicité est frileuse. Elle a toujours froid. Toujours est-il que nous cherchons d'autres locaux et Mr Dugas possède justement une grande maison à St Martin la Plaine, le domaine de la Catonnière. Malheureusement, il a d'autres projets pour ce domaine.

Récitant (en émergeant un peu comiquement)
Pour la petite histoire, ce domaine deviendra la maison des forgerons...

Félicité
Et puis, en 1817, les vicaires capitulaires de Lyon se sont opposés à notre reconnaissance officielle, justement parce qu'il fait trop froid dans cette maison.

Targe
Arrêtez donc, sœur Félicité, vous êtes incorrigible ! Ils ont estimé que les locaux n'étaient pas adaptés. D'où notre recherche urgente d'une autre maison.

Ribier
J'ai compris... J'ai compris... Allons nous restaurer et dormir, tout le monde en a bien besoin, n'est-ce pas, sœur Félicité ? Et je vous promets un bon feu de bois...

Ils traversent la place et entrent dans la cure.

Récitant
Après une bonne nuit, pendant laquelle le curé Ribier imaginait comment installer cette communauté à Larajasse, et que d'autres goûtait à la chaleur de leur chambre, Soeurs Targe et Félicité s'apprêtent à repartir.

Ils sortent de la cure, le cheval s'avance.

Ribier
Mes sœurs, la Providence vous a menées jusqu'à Larajasse. C'est le signe de la volonté de Dieu. Vous devez vous installez ici. Je vais m'y employer. Lorsque ce sera possible, je me rendrai à St Martin la Plaine pour vous prévenir. Le temps est meilleur. Bon retour. J'ai donné des instructions à votre cocher pour qu'il prenne le meilleur chemin. Dieu vous bénisse !

Targe
Je vous remercie pour tout.

Félicité
Et moi pour cette nuit au chaud... !

Elles partent.
 

Acte IV : L'église de Larajasse

Ribier (s'adressant au public)
Puisque vous êtes là si nombreux, je vais en profiter pour vous montrer tous les travaux que j'ai fait effectuer pour agrandir et embellir cette église du XVIième siècle. Si vous voulez bien me suivre.

Au milieu de l'explication, le curé Ribier glisse cette réflexion :

Ribier
Quand je pense que les bons chrétiens du hameau du Plat ont largement contribué à tous ces travaux par leurs généreux dons et qu'ils se retrouvent depuis 6 ans rattachés à la Chapelle Sur Coise. C'est un scandale. Comme je l'ai dit à l'époque : Ah ! J'aurais donné toutes mes assiettes pour garder mon plat »...

Il fait entrer tout le monde dans l'église puis explique : la création des deux petites chapelles de chaque côté du choeur (d'où création du transept et de la forme de l'église en croix), de deux travées à l'arrière du choeur avec une sacristie de chaque côté, se finissant par un chevet semi-circulaire (avec un calvaire), le maître hôtel en marbre datant de 1811 avec son agneau pascal sculpté en bois de noyer, le tabernacle en marbre d'Italie et d'Espagne datant de 1812, l'ajout de deux chapelles intérieures de chaque côté du clocher, la décoration des trois autels en marbre, les vases et ornements situés dans la vitrine et... la tribune des sœurs avec la porte qui donne... sur un mur)

Récitant
Cette porte qui donne sur un mur est un mystère que nous dévoilerons dans quelques instants. Je tiens aussi à vous préciser qu'il y a dans cette église deux objets classés aux monuments historiques : le maître hôtel et la plus grosse des 4 cloches (le bourdon). Et je vous fais remarquer ce tableau de la vierge du célèbre peintre Lyonnais Tony Tollet qui avait une maison à Choule, un hameau de la commune. Je vous invite à quitter l'église et à me suivre un peu plus loin. Laissons le curé Ribier dire sa messe.

Halte derrière l'église.

Récitant
En 1811, le curier Ribier peut entreprendre la rénovation de l'église parce que le cimetière, qui se trouvait là où nous sommes, a été déplacé par la mairie car il posait des problèmes d'hygiène et était souvent profané. N'oubliez pas que toute cette partie de l'église n'existait pas (voir la pierre avec 1820). Nous irons tout à l'heure au nouveau cimetière. Continuons.


Acte V : La communauté de la Providence du sacré cœur (1820)

Retour sur le parking devant le pavillon de la tour.

Reporter
Bonjour à toutes et à tous, je suis l'envoyé spécial du journal La Gazette des Trois Clochers et je suis en compagnie de Mr Bruyas, maire de Larajasse et de Mr Gabriel de Savaron, dont, je crois, on vous a parlé tout à l'heure et qui est, à ce jour, conseiller municipal. Alors, Mr Bruyas, cette communauté du sacré cœur a-t-elle pu s'installer dans votre commune ?

Bruyas
Oh oui, vous savez, quand le curé Ribier a une idée en tête... ! Il est allé demandé conseil auprès de ses amis, le curé de St Nizier, celui de la Guillotière, et surtout auprès de Mr Linsolas que nous avons déjà vu à Larajasse. Il a fait tant qu'il a obtenu en un rien de temps l'agrément du vicaire général, Mr Brochard, qui donna comme nom à cette nouvelle communauté « la communauté de la Providence du Sacré Coeur ». Elles se sont installées exactement le 4 août 1820.

Reporter
Mais comment Mr Ribier a-t-il trouvé un lieu pour les accueillir si rapidement ?

De Savaron
L'abbé Ribier est venu m'en parler et c'est tout naturellement que j'ai proposé de les accueillir dans la partie du château derrière nous. Elles ne sont que 4 pour le moment : Mme Targe, et les sœurs Marie, Pélagie et Louise.

Reporter
Attention, Mesdames et Messieurs, on ferme les yeux quelques instants.... et hop, nous voilà un an après, exactement le 8 août 1821.

De Savaron
A cette date, chez Maître Molière à St Symphorien, la communauté achète cette maison, oui, la maison Néel où se cachaient aux temps sombres de la terreur les prêtres réfractaires, cette même maison qui, rappelez-vous, occupait aussi cet espace. La famille Néel en a fait quasiment don à la communauté car une de leur fille, Euphrasie, vient de faire ses vœux en son sein.

Reporter
On ferme les yeux à nouveau... Et hop, nous voilà encore un an après.

Bruyas
Les sœurs occupent cette maison à partir du 8 novembre 1822. Il a fallu un peu plus d'un an pour y faire les travaux nécessaires et notamment y construire une chapelle. Les dons des paroissiens et la générosité de Mrs Ribier et de Savaron ont permis tout cela. Quand à la commune, nous avons construit une passerelle couverte, au-dessus de la route, pour permettre aux sœurs de se rendre à l'église sans passer par l'extérieur.

Récitant
Vous comprenez maintenant la porte qui donnait sur un mur. Et oui, la passerelle partait à peu près de là et arrivait à cet endroit de l'église. Elle a été détruite en 1997, en même temps que cette partie de la maison.

De Savaron
La communauté comptait alors déjà huit sœurs : Marie-Pierre Targe, Césarine de la Croix, louise Granjon, Pélagie Messy, Thérèse Vernay, Anne-Marie Molle, Virginie Orcel et Euphrasie Néel. Elles ont pris en charge aussitôt l'instruction des filles de Larajasse.
 

Acte VI : Le cimetière

Récitant
En compagnie de Mrs Bruyas et de Savaron, nous allons maintenant nous rendre jusqu'au cimetière. Nous passerons devant le château de Mr de Savaron, appelé maintenant château de Varax. Suivez moi.

Ils partent par l'allée des tilleuls. Arrêt devant le château.

De Savaron
Ce château a été construit en 1664 par Jean-Jacques Gayot, seigneur de Larajasse. Il passa ensuite aux Chappuis de La Fay. Mon père, Guillaume de Savaron, baron de Chamousset, épousa Clémence Philipine Chappuis de La Fay. Il devint alors propriétaire des terres et du château de Lafay, de ce château et de Vaudragon. J'ai épousé Claudine Louise Jacoud. Ma fille Françoise Louise a épousé le comte de Cibeins. Ma petite fille Gabrielle Louise a épousé Jules de Jerphanion. Mon arrière petite fille Eugénie Ludovie a épousé Emmanuel Riverieuls de Varax. De fil en aiguille, les de Jerphanion ont gardé le château de La Fay et les de Varax celui-là.

Récitant
Nous allons laisser Monsieur le Baron en son château et continuer jusqu'au cimetière. A noter que Gabriel de Savaron a été élu président du conseil général du Rhône en 1827. Il est décédé en 1840.

On va au cimetière.

Bruyas
Nous avons décidé de construire ce nouveau cimetière en 1806, mais nous avons eu de gros problèmes pour avoir le terrain, car le propriétaire voulait le vendre 4 fois son prix, alors que sa propriété venait de la vente des Biens Nationaux, vous savez, ces biens confisqués à l'église et aux nobles et revendus par l'Etat. Il a fallu que le préfet s'en mêle, mais ça a été long. Ce nouveau cimetière n'a pu voir le jour qu'en 1811. Nous n'avons pu clôre par un mur qu'un an après, car nous n'avions pas les finances nécessaires.

Reporter
Et cette chapelle, vous l'avez faite en même temps ?

Bruyas
Non. Elle n'était pas prévue du tout. Figurez-vous que le conseil municipal a reçu une lettre de Mr le curé Ribier, au mois de juin 1819, demandant l'autorisation de construire une chapelle dans le cimetière, entièrement à ses frais. Nous avons délibéré le 13 juin pour lui accordé cette construction qu'il a entreprise de suite. Cela lui a coûté 2400 F. Sa condition était qu'il y ait trois tombes à l'intérieur, une pour les prêtres décédés à Larajasse, une pour la famille Savaron et une pour la famille Laurent en reconnaissance de l'attachement que ces deux familles ont toujours témoigné à la commune. Il demandait également que cette chapelle appartienne à perpétuité à la commune. Nous avons accepté évidemment ces conditions.

Récitant
Nous vous laissons entrer quelques instants dans cette chapelle, puis nous irons terminer notre périple dans la chapelle de la Providence.
 

Acte V : La chapelle de la Providence (1825)

On emmène tout le monde vers la maison de retraite et on s'arrête dans la cour.

Ribier
Et bien, ma sœur, que de chemin parcouru. Au début de l'anée 1820, la Providence vous menait jusqu'à Larajasse. En août de la même année, vous vous installiez au château.

Targe
En 1821, la communauté achetait cette maison Néel et nous nous y sommes installées le 8 novembre 1822. Nous y avons fait l'école pour les filles.

Ribier
Et moi j'ai créé une école pour garçons dont les professeurs étaient logés chez moi.

Targe
Mais le lieu le plus important pour nous est la chapelle. Nous pouvons y adorer Dieu de longues heures chaque jour.

Ribier
Souvenez-vous, le 6 janvier 1823, cette belle cérémonie, tellement pleine de ferveur religieuse et d'adoration, pendant laquelle je vous ai fait don d'une insigne relique de la vraie croix.

Targe
Oh, mon père, comme votre bonté fut grande. Et ces 25 et 26 juillet 1824 ! Monseigneur Gaston des Pins en personne, ici, archevêque d'Amasie, administrateur apostolique du diocèse de Lyon. Il a béni toutes les 18 sœurs présentes et il a béni la chapelle.

Récitant
Les sœurs ont toujours fait l'école aux filles. Elles ont créé un orpholinat pour quelques petits pauvres puis elles se sont occupé des personnes agées et ont fondé une maison de retraite dans ce bâtiment là. La dernière sœur de la communauté est partie en 1982.... Montons à la chapelle, j'y entend de la musique.

On monte à la chapelle et on invite les gens à s'assoir.

Présentateur
Au milieu du mois de mars 1826, le curé Ribier se met à perdre la mémoire, prend des crises de suffocation et de toux. Il a du mal à parler et devient paralysé du bras gauche. Le 12 mai, il perd connaissance et meurt le 14 mai, jour de la pentecôte, à 64 ans, après avoir été curé de Larajasse pendant 20 ans. En 1828 est publié un livre contenant ses conférences et ses sermons, intitulé « le paradis sur Terre », avec également un plan de retraite pour les religieuses.
Cette chapelle a été restaurée par la commune. La réfection totale de l'électricité et du chauffage a été terminée il y a seulement quelques mois. Je voudrais, à cette occasion, remercier publiquement la congrégation des sœurs de l'adoration des cœurs de Jésus et de Marie, dites sœurs Picpus car leur siège se trouve rue Picpus à Paris, car elle a fait don à la commune de la somme de 3 000 € pour aider cette rénovation. En effet, cette chapelle est le seul lieu qui évoque vraiment que de 1820 à 1982 a existé ici une communauté de religieuses dites « Picpus ». Grand merci.
Pour clore cette après-midi, nous avons demandé au Décaphone, l'école de musique des Hauts du Lyonnais, de nous jouer et chanter quelques morceaux de musique sacrée. Place à la musique !